Des idées pas commun·e·s

Et si la gauche prenait le contrôle de l’agenda des idées, à 11 mois de la présidentielle 2027 ?

Le second tour des présidentielles 2027 devrait avoir lieu le 2 mai 2027. Soit dans un peu moins de 11 mois maintenant. Alors que toute la gauche se tire dans les pattes, que certains veulent une primaire, que les candidatures pleuvent. Si la gauche, dans les médias, est bien absente d’un terrain essentiel, c’est bien celui des idées.

Depuis plusieurs années, le terrain des idées est tenu par la droite et l’extrême droite. Le débat public se structure autour de leurs thèmes (immigration, sécurité, identité, assistanat) pendant que les besoins fondamentaux (santé, logement, salaire, services publics) sont relégués à l’arrière-plan. Le centre s’est droitisé, la droite s’est radicalisée, et l’extrême droite, désormais traitée comme une force politique ordinaire, s’est banalisée.

Les médias se sont droitisés, les services publics sont attaqués. Pendant ce temps, à gauche, tranquillou, on se tire dans les pattes et on joue à celui qui gueule le plus.

Pas vraiment de quoi permettre aux citoyen·nes de retrouver une « positive attitude » lorsqu’il s’agit de leur avenir et de choisir un camp politique POUR des idées, plutôt que CONTRE.

Un nouvel espoir : parler d’idées… et surtout de projets de société

Oui, j’ai regardé Star Wars il n’y a pas longtemps. Pour avoir un nouvel espoir, il en faut de l’imagination et reléguer au second plan les luttes de pouvoir. Si les personnes ne sont pas capables de s’allier, peut-être qu’elles pourraient au moins préparer un plan commun pour parler des idées ! Imposer des idées. Prendre le contrôle de l’agenda médiatique des idées. Ce qui aurait au moins pour avantage de reléguer l’agenda des nauséabonds au second plan.

En 2027, c’est quoi un projet de société de gauche ? Si vous aviez du temps, une majorité absolue, et des moyens, à quoi ressemblerait la France en 2032 ? Peut-être qu’il faudrait commencer par là ? Mais nous n’entendons jamais la gauche sur son projet de société à moyen terme.

Mais ils attendent quoi les français·es ?

Ok, je sais ce que l’on pense des instituts de sondage, de qui les contrôle et de qui est interrogé. Mais faute de mieux, allons voir ce qu’ils disent.

Dans le baromètre politique Ipsos bva – CESI École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche du 9 mai 2026, nous trouvons une liste des préoccupations des Français·es.

Aux deux premiers étages, nous avons :

  1. 49% – Les difficultés en termes de pouvoir d’achat
  2. 41% – L’avenir du système social.

Arrêtons nous là. Pour la moitié des Français·es interrogés, le pouvoir d’achat est un sujet de préoccupation. Est-ce que la droite a un projet de société cohérent à offrir sur ce sujet, à part la guerre de tous contre tous ? Pas vraiment. Le mirage libéralo-néolibéral a été porté par la droite depuis plus de 25 ans. Nous en voyons le résultat.

Est-ce que les gauches ont un projet à proposer ? Plusieurs ! Et nous voulons les entendre pour que les français·es puissent choisir !

Ensuite, plus de 4 Français·es interrogés sur 10 sont préoccupés par l’avenir du système social ! 41%. Santé, retraite, allocations familiales, revenu de remplacement, autonomie, handicap…

Nous avons dans le top 2, deux préoccupations clairement marquées à gauche !

Ok, maintenant, on regarde la suite :
3. 30% – Le niveau de dette et des déficits
4. 29% – Le niveau de délinquance
5. 26% – Le niveau d’immigration
6. 24% – La protection de l’environnement
7. 23% – Les crises internationales
8. 19% – La montée des inégalités sociales
9. 14% – L’avenir du système scolaire
10. 13% – La menace terroriste
11. 11% – Le taux de chômage
12. 4% – Les risques d’épidémies

Si l’on va dans les détails de cette étude, les 3 tendances de gauche analysées (LFI, EELV et PS) ont toutes 2 sujets en commun dans leur top 3 : Pouvoir d’achat et avenir du système social. Les 3 sujets qu’ils n’ont pas en commun dans le top 3 sont : environnement (EELV), inégalités sociales (LFI), crises internationales (PS). Il y a évidemment un truc à faire !

Les enjeux par proximité partisane – Baromètre Politique IPSOS BVA – Mai 2026

Note : Pour info, dans la méthodologie, les répondant·es pouvaient citer jusqu’à 3 réponses maximum.

Pour terminer sur les sujets décisifs dans le vote des Français·es

Bon, évidemment, ce n’est qu’un sondage Ipsos bva sur un échantillon de 1000 personnes. Vous savez quoi ? On pourrait aussi regarder un truc un peu plus balaise : L’Enquête Électorale Française ! Ipsos (encore), le CEVIPOF, la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde. Un panel de 10 000 personnes.

Question posée : « Pour chacun des sujets suivants, diriez-vous qu’il sera, dans votre choix de vote pour l’élection présidentielle 2027… »

Le top 5 des priorités des Français·es (le pourcentage est celui des personnes qui jugent ce sujet déterminant) :

  1. 76% – Préserver le système de santé
  2. 66% – Améliorer le pouvoir d’achat des français
  3. 63% – Faire en sorte que le travail paie davantage
  4. 56% – Améliorer le système éducatif
  5. 53% – Assurer une meilleure sécurité des biens et des personnes

De nouveau, ça semble limpide. Améliorer la qualité de vie. C’est la priorité des français·es, et ça passe par les besoins de base. N’oublions néanmoins pas la sécurité à 53% (mais qui ne DOIT pas être un sujet totalement approprié par la droite). Et il est bon de rappeler qu’en 7ème position nous retrouvons « Mieux maîtriser l’immigration ». Qui est pour 49% des personnes interrogées un élément déterminant dans leur choix pour l’élection présidentielle (et 24% le jugent « Important mais pas déterminant »).

Les sujets prioritaires pour les élections présidentielles 2027 – Enquête électorale Française – Avril 2026

Mener l’agenda thématique et médiatique, c’est rendre aux Français·es la possibilité de hiérarchiser leurs priorités selon leur vie réelle. Aujourd’hui, l’immigration occupe une place dans le débat sans rapport avec son poids dans le quotidien des gens, on en parle plus que de leur salaire, de leur médecin, de leur loyer. La solution n’est pas de l’ignorer, c’est de remettre les autres sujets à leur juste place.

Du coup, quelles thématiques aborder ?

Pour lister les thématiques, j’ai voulu aller voir les programmes les plus à jour des différents partis de gauche afin de voir comment étaient catégorisées les différentes thématiques. Autant vous dire que c’est pas de la tarte. Ce concept aberrant de changer de programme à chaque élection (plutôt que de repartir de la dernière copie et de l’actualiser) ne rend pas le travail très simple.

Après avoir fouillé, malheureusement, peu de programmes déjà remis à jour (sauf chez LFI qui fait chaque fois évoluer la même base), et des listes de thématiques qui ne donnent pas forcément de priorité à l’une ou l’autre thématique. J’ai donc rapidement abandonné.

Le deal : chaque mois son sujet pendant 11 mois

Sur la base de ces quelques recherches, j’en ai tiré 9 thématiques (thématiques revues le 30 mai, la première version est dispo ci-dessous pour archive) :

Juin — Travail et rémunération : Salaires, SMIC, indexation, mais aussi conditions de travail, sens du travail, droit de grève, démocratie en entreprise, plateformes, retraite, intermittents. C’est le sujet qui réunit toute la gauche et tous les syndicats.

Juillet — Santé et droits du corps : Système de santé, déserts médicaux, hôpital public, mais aussi santé mentale, IVG, contraception, fin de vie, santé au travail, santé environnementale.

Août — Justice fiscale et partage des richesses : Taxe Zucman, ISF climatique, fiscalité des successions, lutte contre l’évasion, financement des services publics.

Septembre — Éducation et jeunesse : École, université, recherche, mais aussi précarité étudiante, logement étudiant, santé mentale des jeunes, formation tout au long de la vie. Septembre = rentrée, calendrier médiatique idéal.

Octobre — Écologie et alimentation : Climat, biodiversité, agriculture, alimentation, sobriété, transition juste, lien avec la ruralité et les paysans.

Novembre — Sécurité, justice et libertés : Sécurité au quotidien (oui), mais aussi justice de proximité, prévention, lutte contre les violences faites aux femmes, violences policières, libertés publiques, surveillance numérique, indépendance de la justice.

Décembre — Logement et territoires : Logement social, encadrement des loyers, mal-logement, hébergement d’urgence, mais aussi fracture territoriale, ruralité, banlieues, services publics de proximité, transports. Décembre = trêve hivernale, moment fort symboliquement.

Janvier — Égalité et lutte contre les discriminations : Féminisme, droits LGBTQIA+, lutte contre le racisme, handicap, accessibilité, laïcité comme outil d’émancipation.

Février — Autonomie, vieillissement et care : Grand âge, dépendance, handicap traité dignement (pas comme « dépendance »), aidants, métiers du care, cinquième branche de la Sécu.

Mars — Démocratie, institutions et médias : 6e République, proportionnelle, référendum d’initiative citoyenne, démocratie participative, concentration médiatique, indépendance des médias, financement de la vie politique.

Avril — Europe, paix et place de la France dans le monde : Position sur les guerres en cours, défense, OTAN, autonomie stratégique européenne, commerce, codéveloppement, immigration traitée comme question internationale et non comme question identitaire.

Archives – Proposition v1

Voici une liste de thèmes, qui n’est pas à prendre ou à laisser, mais sur laquelle il faut se bouger RAPIDEMENT :

  1. Juin : Politique énergétique
  2. Juillet : Projet de société
  3. Août : Environnement
  4. Septembre : Autonomie et dépendance
  5. Octobre : Alimentation
  6. Novembre : Sécurité
  7. Décembre : Rémunération
  8. Janvier : Education
  9. Février : Santé
  10. Mars : Logement
  11. Avril : Projet de société

Certains sujets transverses auraient pu figurer dans cette liste : la ruralité, la ville, la place du numérique, le rapport au travail. J’ai fait le choix de ne pas en faire des mois dédiés, parce qu’ils traversent l’ensemble des autres thématiques et doivent y être intégrés à chaque fois : on ne parle pas du logement sans parler de la ruralité, on ne parle pas de l’éducation sans parler de la fracture territoriale.

D’autres sujets ne sont tout simplement pas abordés. J’ai fait le choix de travailler sur des besoins fondamentaux de la population. Ce n’est pas pour autant que la culture, la paix, le sport… la démocratie sont des sujets à négliger. Il doivent être présents, ils semblent par contre moins stratégiques pour faire bouger les foules et faire des projets de gauche les enjeux discutés sur les réseaux, sur les plateaux et dans les journaux.

Charte d’engagement : 11 mois pour reconquérir l’agenda médiatique

Le principe : TOUTES LES FORCES DE GAUCHE, s’accordent pour imposer ces thématiques. Cela veut dire qu’à chaque prise de parole, chaque meeting, chaque interview, la thématique du mois DOIT être abordée. Elle s’impose dans l’agenda médiatique, les autres forces politiques n’auront d’autre choix que d’y réagir.

Règles du jeu pour les partis, candidat·es, parlementaires et porte-parole de gauche :

C’est une proposition pour que ça se passe bien, mais en vrai, vous faites comme vous voulez !

1. Le rythme

  • Une thématique par mois, du 1er au dernier jour, sans exception ni glissement.
  • Chaque parti désigne en interne un binôme de référent·es par thématique (un·e porte-parole médias + un·e référent·e contenu) pour assurer la cohérence sur la durée.
  • Le calendrier est public, annoncé dès juin 2026, pour que journalistes, militant·es et citoyen·es puissent s’y préparer.

2. La parole publique

  • Aucune prise de parole médiatique (interview, plateau, matinale, podcast) ne se termine sans avoir abordé la thématique du mois, même brièvement.
  • Chaque meeting comporte au minimum un temps fort dédié au thème du mois.
  • Sur les réseaux sociaux, au moins une publication par semaine et par porte-parole sur la thématique en cours.
  • Les tribunes co-signées entre partis sont encouragées : une tribune commune par mois minimum, publiée dans la première quinzaine.

3. Le fond avant la forme

  • On parle de propositions concrètes, chiffrées, datées, et de la France en 2032, pas des personnes, pas des candidatures, pas des sondages.
  • Chaque proposition est reliée à un bénéfice tangible pour la vie quotidienne (« concrètement, ça change quoi pour vous »).
  • On assume les désaccords entre forces de gauche sur le COMMENT, mais on défend ensemble le POURQUOI : la thématique est légitime, elle mérite d’être au centre du débat.

4. La discipline collective

  • Si un parti veut critiquer une proposition d’un·e autre signataire, c’est en proposant une alternative argumentée sur le même sujet, jamais en sortant du thème.
  • L’actualité brûlante (loi, crise, scandale) peut évidemment être commentée, mais le thème du mois reste systématiquement abordé.

5. Refuser le piège de l’adversaire

  • Quand un·e journaliste, un·e éditorialiste ou un·e adversaire politique tente de ramener le débat sur l’immigration ou l’insécurité, on répond une fois, brièvement, et on raccroche immédiatement à la thématique du mois.
  • On ne joue pas le jeu des « petites phrases » : on ramène systématiquement au projet de société.
  • Sur la sécurité (mois de novembre), on impose une approche de gauche du sujet plutôt que de la déléguer à la droite par défaut.

6. Le « pour », pas le « contre »

  • On parle de ce qu’on veut construire, pas seulement de ce qu’on veut empêcher.
  • Le vocabulaire du désir, de l’espoir, du projet remplace celui de la peur et de l’urgence, sans nier la gravité des constats.

Proposer une vie meilleure, être « pour » plutôt que contre

Il faut reparler de projet de société ! Imposer une discussion sur le temps long. Que voulons-nous construire dans 5 à 10 ans si les citoyen·es donnent leur confiance à un projet de gauche ?

Sur les réseaux, sur les plateaux, dans les journaux, imposons des thématiques qui mèneront la gauche au pouvoir !

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